mercredi 28 février 2007
Arabie: le feu couve.

Avec l'assassinat de quatre Français en Arabie Saoudite qui déjeunaient au bord de la route, se rappelle à nous la fragilité de ce pays. Je me souviens être allé en Arabie Saoudite en 2003 pour effectuer une enquête sur le fonctionnement du Parlement pour le compte de l'Union Interparlementaire. J'avais alors assisté aux réunions des commissions de cette jeune Assemblée créée il y a un peu plus de 10 ans. Les Parlementaires sont nommés par le Roi et non élus, aucune femme ne siège au sein de cette Assemblée, elles n'ont d'ailleurs pas non plus le droit de conduire une voiture ou de se promener seules dans la rue sans être totalement couvertes de noir, certains lieux leur sont même totalement interdits. Je me souviens d'une inscription à l'entrée du musée de Ryad qui indiquait: "interdit aux femmes non accompagnées d'un père, d'un mari ou d'un frère".
Dans cette société passée du moyen-age au troisième millénaire en l'espace de deux générations, les contrastes sont saisissants et suscitent en nous des réactions diverses. Autant de sentiments que j'avais livrés au Roi qui m'avait alors reçu pendant 1h30. Celui-ci me fit part de sa volonté de libéraliser la société Saoudienne et qu'il souhaitait peu à peu conférer des droits nouveaux aux femmes notamment en les associant au travail parlementaire en tant que conseillères. Ce serait un petit progrès mais qui dans ce pays ferait figure de révolution. Alors que j'interrogeais le Roi pour savoir pourquoi les Parlementaires n'étaient pas élus, il me faisait comprendre qu'en cas d'élections libres, Ben Laden serait au pouvoir!
Cette idée vous glace quand vous imaginez la puissance de ce pays dont le sous sol recèle les plus grandes réserves de pétrole au monde et la folie meurtrière d'Al Qaïda. Tout réforme engagée par le pouvoir politique, c'est à dire par le Roi, doit se négocier avec le pouvoir religieux le plus intransigeant, je veux parler de la mouvance Wahabite.
C'est pourquoi l'assassinat de quatre Français, les attentats survenus il y a quelques temps dans le quartier très fermé des ambassades de Ryad, nous rappellent la fragilité de l'édifice politique Saoudien qui menace de s'écrouler pour laisser la place aux plus fondamentalistes de la planète, ceux-là même qui sont capables de fomenter les attentats les plus terribles. Face à cette situation, la communauté internationale doit faire preuve de réalisme et de responsabilité car la moindre étincelle peut venir mettre le feu au Royaume et déstabiliser le monde entier.
Ce billet, écrit à 00:08 par Rudy Salles dans la catégorie Politique a suscité :

