mardi 31 octobre 2006
La Justice en flottement

Après l'affaire d'Outreau qui a incarné le plus grand naufrage judiciaire que la France ait connu, jetant plusieurs personnes en prison pendant des années pour enfin les innocenter, l'émotion a été si forte que l'ensemble de la classe politique et médiatique a réagi. Tout le monde a condamné le système, pointé du doigt les responsables, adressé des messages de sympathie aux victimes, bref, il fallait réhabiliter l'honneur de la République qui venait d'être gravement atteint. Le Parlement a alors créé une Commission d'Enquête pour examiner le problème et proposer des solutions. Ce travail, fortement médiatisé, déboucha sur des propositions concrètes de réformes de l'institution judiciaire. Puis le Garde des Sceaux, qui assurait avoir entendu cet appel, indiquait qu'il fallait prendre un peu de recul pour pouvoir prendre les bonnes décisions, insistant sur le fait que ces décisions devraient être consensuelles. Mais passé le jour, éteints les sunlights de l'actualité, le sujet retomba, d'autres préoccupations venant occuper le devant de la scène. Ces jours derniers, à la faveur de quelques déclarations du Ministre de l'Intérieur, on reparla de la responsabilité des magistrats. Le Garde des Sceaux indiqua qu'on allait s'occuper de ce problème. Puis, après réflexion, il indiqua qu'il faudrait mieux agir après les élections, en dehors de toute agitation politique. Mais le Premier Ministre reprit l'intiative pour informer l'opinion que ce projet allait venir devant le Parlement dans les prochains jours. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il y a manifestement un problème de lisibilité et de coordination au niveau du Pouvoir Exécutif sur ce sujet. Il semble que la campagne électorale approchant, chacun cherche à garder l'initiative. Mais, dans cette période de flottement on en est à se demander au juste quel est réellement le projet dont il s'agit et quelle leçon a-t-on tiré du naufrage judiciaire d'Outreau. Quelle vision a-t-on de la Justice de notre pays? Va-t-on, encore une fois, entreprendre une énième réforme de l'institution judiciaire? Avec quel résultat, quand on voit ce que les précédentes ont donné comme conséquences. C'est une réforme d'ampleur dont la Justice a besoin et des moyens suffisants pour réussir sa mission. Mais, ne nous faisons aucune illusion, ce chantier ne se réalisera pas sous ce mandat. On essaiera tout au plus de colmater les brèches les plus apparentes pour qu'il ne soit pas dit que l'on n'a rien fait. L'émotion est tombée...il semble que la volonté aussi!
Ce billet, écrit à 00:05 par Rudy Salles dans la catégorie Politique a suscité :










