jeudi 31 août 2006
31 août: l'ultimatum à l'Iran prend fin

C'est effectivement aujourd'hui que l'Iran doit répondre aux injonctions de l'ONU relativement à son programme nucléaire. Sans anticiper sur ce qui se passera, on peut imaginer que Téhéran n'apportera aucune réponse allant dans le sens de l'abandon de son projet, en répétant que l'Iran entend n'utiliser le nucléaire qu'à des fins civiles. Il n'y a pourtant personne pour être dupe de ces allégations. La commission des Affaires Etrangères de l'Assemblée Nationale qui s'est réunie hier a eu à examiner la situation de ce pays en auditionnant notre Ambassadeur. D'après les observateurs avisés, le Pouvoir Iranien est à bout de souffle mais pas sans ressource. Le but ultime de ce pouvoir aujourd'hui semble être sa propre survie. La population Iranienne n'a pas eu beaucoup le choix lors des dernières élections. Tout d'abord les candidats, pour pouvoir se présenter, devaient obtenir l'autorisation du conseil des Mollahs. La liberté de choix, dans ces conditions, n'existe pas. Alors les électeurs ont voté pour ceux qui promettaient de débarasser le pays de la corruption. C'est comme cela que le Président Iranien a été élu et non sur son programme. Pour autant la corruption n'a pas disparu, loin s'en faut et la désaffection de la population et notament des jeunes vis à vis de la politique est grande. Et contrairement aux apparences, la pratique religieuse s'affaiblit fortement dans ce pays. Le pouvoir politique est de plus en plus discrédité mais il ne semble pas encore se dessiner d'alternative de nature à renverser le régime. La population se détourne de la politique et exprime de plus en plus des besoins consuméristes. Les réformes lancées sont vouées à l'échec car ce sont toujours les plus extrémistes qui décident en dernier ressort des choix qui devront être retenus. De ce fait il n'y a plus d'investissements en Iran. Autre curiosité: l'Iran semble être le seul pays musulman du Moyen Orient où le peuple est complètement indifférent au conflit Israélo-Palestinien. C'est une surprise pour nous occidentaux qui imaginons les effets des déclarations de haine des juifs du Président Iranien sur sa population. Et bien il parait que ces déclarations, au delà de la mise en scène visant à transmettre des images au reste du monde, n'ont aucun impact sur les Iraniens qui ne se sentent pas concernés. En revanche l'affaire du nucléaire est grave et compliquée. Il faut se souvenir qu'à l'époque du Shah,un programme nucléaire existait en Iran. Puis il fut abandonné lors de la révolution islamique pour être repris depuis quelques temps. Il est incontestable que l'enrichissement de l'uranium poursuivi par l'Iran l'est à des fins militaires et non civiles. En effet, pour une utilisation civile, l'enrichissement de l'uranium est injustifiable. L'Iran se veut une super puissance régionale, ce sentiment s'étant nourri notamment à la suite du conflit avec l'Irak. Depuis lors, la situation chaotique en Irak et en Afghanistan a conforté l'Iran dans cette posture. La question nucléaire ne fait pas débat en Iran: la population adhère volontiers à la propagande du pouvoir sur ce thème, c'est d'autre part une question ancienne qui est entrée dans les moeurs. C'est pourquoi il est difficile de mobiliser des opposants sur ce thème en Iran. Face à ce problème majeur, les Européens ont essayé de négocier avec l'Iran en demandant des garanties Iraniennes sur le caractère civil du projet nucléaire. L'Iran a refusé toute négociation. Désormais l'Iran doit répondre à l'ultimatum fixé par la communauté internationale à la date du 31 août, c'est à dire aujourd'hui. Il y a peu de chances pour que l'Iran nous annonce de bonnes nouvelles. Alors quelles peuvent être les conséquences d'une telle situation? Elles sont difficiles à évaluer. On peut craindre que l'Iran prenne encore une fois les mauvaises décisions sous l'impulsion des ultras du régime. Pour agir sur l'opinion publique, il faudrait pouvoir apporter la démonstration que les inconvénients sont plus nombreux que les avantages mais ceci est très difficile à réaliser dans un pays où la liberté de la presse n'existe pas. Il faut par ailleurs éviter de choquer l'opinion publique pour ne pas susciter de réaction nationaliste qui renforcerait alors le pouvoir Islamiste. Alors il restera à appliquer des sanctions contre l'Iran. Ce pays est déjà soumis à certaines sanctions, elles devront donc être renforcées. Les sanctions devraient pouvoir toucher certains individus emblématiques ce qui pourrait être bien compris par la population Iranienne lassée par tant d'errements. Mais l'opération est difficile et mérite que l'ensemble de la communauté internationale (du moins les grandes puissances) soit unie sur les attitudes à adopter. C'est là aussi une partie qui n'est pas gagnée d'avance. Mais il ne faut pas se cacher qu'il s'agit d'un des enjeux majeurs auquel le Monde est confronté. Alors il faut espérer que la responsabilité collective saura l'emporter sur les petits intérêts diplomatiques des uns et des autres.
Ce billet, écrit à 00:05 par Rudy Salles dans la catégorie Politique a suscité :















