Rudy SALLES

Député des Alpes Maritimes,
Conseiller Régional de Provence Alpes Côte d'Azur

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lundi 11 janvier 2010

Au revoir Philippe

J'ai bien connu Philippe Séguin qui fut notre Président à l'Assemblée Nationale de 1993 à 1997. C'était une période où la gauche emportée par la vague bleue de 1993 était très minoritaire. Avec 480 Députés, la droite et le centre composaient une majorité imposante tandis qu'avec 50 Députés le PS était réduit à sa plus simple expression. Et bien face à ce phénomène, Philippe Séguin se voulait un Président juste et s'érigeait en premier défenseur du pluralisme. Il tenait à ce que l'opposition puisse s'exprimer, faire valoir ses positions sans être écrasée par la majorité. Certains de ses amis le lui reprochaient mais lui restait ferme sur ses positions au nom des principes Républicains qu'il tenait à appliquer sans faiblesse.

Philippe Séguin fut également l'auteur d'une grande réforme du Parlement puisqu'il proposa l'instauration de la "session unique". Avant cela, le Parlement siégeait d'octobre à décembre et d'avril à juin, c'est à dire six mois par an. Sa réforme fait que désormais nous siégeons d'octobre à juin, sans oublier les sessions extaordinaires qui nous amènent souvent à être présents aussi en juillet voire en septembre. En revanche il avait proscrit les séances de nuit et veillait à ce que nous cessions nos travaux à 20h30. Hélas l'encombrement de l'ordre du jour du Parlement a ramené les séances de nuit qui ont repris de plus belle depuis que Philippe Séguin ne préside plus l'Assemblée Nationale.

C'était un homme au grand coeur qui aimait le contact. Je l'avais invité à venir faire un cours d'instruction civique au collège Maurice Jaubert de l'Ariane. Il était venu et, à la fin de son intervention, avait invité son auditoire à venir visiter l'Assemblée. J'avais donc accompagné les deux classes du collège au Palais Bourbon où Philippe Séguin nous attendait et avait organisé une réception en faveur des élèves de l'Ariane. Il faisait beau et les enfants étaient à la fois heureux et impressionnés par le lieu. Mais leur émotion fut vite dissipée quand Philippe Séguin s'exprima devant eux. Il commença immédiatement par leur raconter son parcours et notamment en citant son lieu de naissance: Tunis. C'est alors que nombre d'enfants présents se reconnurent et levèrent le doigt pour dire: "nous aussi m'sieur". La glace était rompue et le lien entre le Président et les enfants était établi. Je suis sur que ces enfants, qui sont aujourd'hui des adultes, doivent se souvenir de ce moment.

Au moment du passage à la nouvelle année, nous échangions nos bons voeux. J'avais envoyé les miens avant noël. J'ai reçu ceux de Philippe Séguin la veille de sa mort. Qui pouvait penser...