Rudy SALLES

Député des Alpes Maritimes,
Conseiller Régional de Provence Alpes Côte d'Azur

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Escurial : une triste fin

Pour les Niçois, l’Escurial rappelle une salle de cinéma mythique, la plus belle, la plus grande, celle qui a vu défiler des générations de cinéphiles, où les fresques des murs disparaissaient au moment où la lumière s’éteignait pour laisser parler le grand écran. Et puis, dans les années 80, la salle se transforma en discothèque et pris le surnom de « grand » Escurial, comme si cette salle avait eu besoin d’un superlatif. Hélas ce qualificatif n’apporta aucune grandeur à ce lieu mais annonça une lente agonie. Les enseignes se succédèrent et firent disparaitre peu à peu le nom « Escurial » pour afficher des appellations aussi insignifiantes qu’éphémères. Le lieu resta encore, peu ou prou, une salle de spectacle mais dont la réputation se ternit inexorablement.

Chacun gardait l’espoir d’une renaissance puisque l’intégrité des volumes était maintenue. Hélas, en début d’année, cet espoir vint se briser sur un projet bassement mercantile qui ne tenait aucun compte des aspirations de la population Niçoise ni de la Municipalité. A l’annonce, dans le journal, du projet de transformation de l’Escurial en supermarché « discount », le Maire de Nice, moi-même, l’ensemble des élus réagirent pour empêcher l’inévitable. Mais hélas rient n’y fit. Les prétentions marchandes de nos interlocuteurs restèrent inflexibles et rendirent le projet de sauvetage impossible.

Il y a des moments où l’on mesure l’impuissance d’agir et dans l’affaire de l’Escurial celle-ci a submergé les meilleures volontés. Juridiquement nous n’avions pas les moyens d’empêcher une telle réalisation. Il ne restait que l’écoute et la compréhension dont nos interlocuteurs auraient pu faire preuve... Hélas cet espoir se heurta à des considérations strictement commerciales où l’attachement au lieu était totalement absent.

Il restera ce regret immense de n’avoir pas pu sauver l’Escurial. Pourtant nous avons tout tenté. Le Maire a même souhaité dépolitiser le débat en faisant en sorte que la majorité et l’opposition puissent travailler de concert pour empêcher la surenchère qui aurait pu nuire encore d’avantage à nos tentatives. C’est triste d’assister à un tel naufrage sans pouvoir faire preuve de la moindre efficacité. Cette fois, contrairement au Titanic, l’orchestre ne joue plus, et depuis longtemps alors que le bateau s’enfonce. Nos cœurs résonnent encore des génériques. Les « toiles » s’inscrivent désormais définitivement dans nos souvenirs de jeunesse. La mémoire restera tandis que le lieu disparaitra sous les coups des pelles mécaniques qui ne connaissent pas les sentiments. Je ne remercie pas ceux qui ont signé ce faire part de décès d’un lieu qui restera irremplaçable à jamais.

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