Rudy SALLES

Député des Alpes Maritimes,
Conseiller Régional de Provence Alpes Côte d'Azur

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Maîtrise du verbe

L’amendement Mariani sur les tests ADN n’a pas fini de faire couler de l’encre et même de la salive. Depuis quelques semaines les journaux ne parlent que de ça oubliant de parler du texte de loi. Le Premier Ministre parlant de cet amendement comme d’un « détail » au milieu d’un projet beaucoup plus général, est immédiatement repris pour utiliser un mot que Le Pen avait employé au sujet des camps d’extermination ! Nous sommes là dans un délire inquiétant car si certains mots de la langue Française sont désormais proscrits au motif qu’ils ont été utilisés à mauvais escient par d’autres, alors les procès en terminologie vont s’abattre sur tous ceux qui prennent la parole et on en viendra bientôt à ne plus oser s’exprimer.

On peut être d’accord ou non avec l’amendement Mariani mais je crois que le propre d’une démocratie et que le débat puisse avoir lieu. Sur ce point nous sommes servis. Les Sénateurs ont alimenté la controverse normale et Républicaine en modifiant le texte qu’avait voté l’Assemblée Nationale. Dans la foulée un certain nombre de voix se sont fait entendre, notamment celles de deux anciens Premiers Ministre Edouard Balladur et Jean Pierre Raffarin, pour dire que cette initiative ne leur paraissait pas très bonne. Il y avait eu aussi des réserves exprimées dès le début par des membres du Gouvernement mais sans que cela ne porte à conséquence. En revanche quand Fadela Amara indique que pour elle l’instrumentalisation de l’immigration est « dégueulasse » alors là il y a tollé. Certains membres de la majorité en viennent jusqu’à instruire un « procès en ouverture » pour dire qu’un Ministre ne doit pas insulter le Parlement.

Je crois qu’on va trop loin. Il faut que chacun s’exprime à la fois avec liberté mais aussi avec modération. Je ne donne de leçon à personne mais je crois qu’il faut savoir raison garder et si de temps en temps les paroles peuvent dépasser la pensée, il ne faut pas pour autant dramatiser. Je souhaite donc que les uns et les autres fassent preuve d’un peu de retenue et essaient d’entendre les arguments développés même et surtout s’ils sont contradictoires. Ceci dit, je pense effectivement qu’il ne faut pas instrumentaliser l’immigration car c’est un sujet trop grave pour qu’on essaie d’opposer les Français entre eux. Je crois depuis longtemps que les problèmes migratoires que nous connaissons et que nous connaitrons dans l’avenir méritent mieux qu’un débat politicien à la Française. Ils nécessitent des mesures sérieuses non seulement pour contrôler l’immigration mais aussi et surtout pour développer la coopération afin de faire reculer la pauvreté, notamment en Afrique, qui est le vrai moteur de l’immigration. Et j’aimerais bien que l’on parle un peu plus de cet aspect car au lieu de régler les conséquences d’un problème, ce qui n’est déjà pas si mal, on s’attaquerait aux causes, ce qui serait encore mieux. Et là je suis sur que la médiatisation ne s’inviterait pas, comme si ce sujet n’intéressait décidément personne…

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Commentaires

1. Le jeudi 11 octobre 2007 à 15:37, par GHIO

Il y a bien longtemps que la majorité des journaux occultent le fond au profit de la forme. C’est le « système « qui veut ça. Le « people » est devenue LA religion, c’est ce qu’a très bien compris Nicolas Sarkozy.
Tous les moyens sont bons pour occuper le terrain médiatique, le sérieux du propos n’intéresse pas la presse dite « populaire ».
Ne nous y trompons pas Le Pen avait employé le terme « détail » au sujet des chambres à gaz, volontairement, même s’il n’avait pas eu à se forcer. Il était dans la stratégie « faire parler de soi ». Bien sûr que son propos était scandaleux, insultant, révoltant, rares sont ceux qui peuvent soutenir le contraire.
Toujours est il que ce terme « détail » est devenu dans la bouche d’un homme politique insultant et qu’il devrait s’attendre à un procès en terminologie dès qu’il l’aura prononcé. C’est ce qui vient d’arriver à François Fillon « premier » collaborateur de notre Président de la République. J’en conviens, la maîtrise du verbe est difficile, mais le propre de l’homme politique, à fortiori d’un premier ministre, n’est il pas de maîtriser son propos, ce que vous vous faîtes parfaitement.
Quant à Fadela Amara elle a exprimé en un terme populaire (compréhensible pour tous) ce que nous pensons : il ne faut pas instrumentaliser l’immigration pour opposer les Français entre eux.
Vous avez raison et François Bayrou avait raison de le souligner pendant la campagne Présidentielle ; il faut des mesures sérieuses pour contrôler l’immigration, il faut développer la coopération pour faire reculer la pauvreté en Afrique, principal continent d’immigration. Vous avez également raison de dire que parler sérieusement, je dirais avec austérité, de ce problème n’intéresserait personne … parce que pas people.
De plus êtes vous de l’avis de votre collègue UMP François Goulard qui vient de déclarer :
« cela devient une question de principe, de message vis-à-vis de l’Afrique » et « le plus simple serait d’ y renoncer totalement » . Il parle évidemment des tests ADN.





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