mardi 24 juillet 2007
Turquie : ne pas mélanger politique et religion

On a toujours parlé de l’attachement de la Turquie à la laïcité. En effet, faut-il rappeler que le port du voile islamique à l’université ou dans les administrations est formellement interdit par la loi dans ce pays. Ceci est le fruit d’une volonté des Trucs de ne pas mélanger politique et religion. Nous ne saurions nous plaindre d’une telle attitude.
Mais, depuis quelques temps, il semble qu’un mouvement inverse souffle sur le Bosphore, ou je devrais dire sur la Turquie. Car on a trop souvent tendance à confondre Istanbul et la Turquie. Istanbul est, et de très loin, la ville la plus Européenne, la plus occidentale, la plus ouverte et la plus attachée à la démocratie de cette grande Nation. Le reste du pays n’est pas exactement dans cette configuration. En effet, l’accession au pouvoir du Premier Ministre Erdogan, qualifié « d’Islamiste modéré » et sa très large victoire lors des élections législatives du week-end dernier nous rappellent que la laïcité -la séparation étanche entre le pouvoir politique et la religion- n’est plus tout à fait d’actualité. Même si Erdogan reste très prudent et essaie de donner l’image d’une Turquie laïque, la présence majoritaire d’un parti islamiste au Parlement atteste de ce qui se passe réellement dans la société Turque.
Ce vote n’est pas celui d’Istanbul mais celui de la Turquie profonde dont les problèmes de pauvreté sont loin d’être résolus. Dans cette société là il est probable que les discours islamistes doivent être entendus puisqu’aucune solution politique n’est venue à bout des problèmes rencontrés par les Turcs. On a constaté cela dans d’autres pays musulmans où la misère a engendré la monté d’un certain fondamentalisme.
La société Turque est confrontée à ce problème et j’imagine que les Trucs d’Istanbul doivent s’inquiéter de cette évolution. D’ailleurs, il y a quelques mois, l’opinion publique, l’intelligentsia mais aussi l’Armée avaient fait échec à l’élection d’un Président islamiste dont la femme était voilée. Ce débat avait agité l’opinion publique Turque, la presse mais aussi les chancelleries étrangères. L’élection de ce week-end, même si elle est parfaitement démocratique, doit nous laisser vigilants car nous sommes désireux de voir la société Turque évoluer vers une démocratie plus forte où les femmes notamment pourront jouer leur rôle. Or le Parlement Turc ne compte que 4% de femmes. Je sais bien qu’en matière de parité nous ne sommes pas exemplaires, loin s’en faut, même si nous évoluons dans la bonne direction. Mais il faut avoir les yeux rivés vers cette évolution car la Turquie qui est un grand pays aux portes de l’Europe doit absolument éviter de mélanger politique et religion.
Ce billet, écrit à 00:33 par Rudy Salles dans la catégorie Politique a suscité :