jeudi 5 avril 2007
Supprimer l’ENA
Combien de fois n’ai-je entendu mes concitoyens railler « les énarques qui n’y comprennent à nos problèmes ». Nombre d’histoires ont d’ailleurs fait le délice des diners en ville ou des conversations pour montrer que souvent ces hauts fonctionnaires issus de « l’école » étaient frappés d’isolement par rapport aux problèmes quotidiens de nos concitoyens. Il fallait un jour qu’un élu ait le courage d’affirmer que cette « fabrique de privilégiés » doive fermer ses portes.
Car enfin, faut-il rappeler que les élèves de l’ENA en sortent pour occuper les plus hauts postes de l’administration Française voire les plus grandes responsabilités des entreprises privées de notre pays. On peut même dire que ces postes leur sont quasi exclusivement réservés. Les cabinets Ministériels en regorgent. Dans certains cas ce sont eux qui commandent en lieu et place des Ministres. En effet, les Ministres passent, les énarques restent. Et qu’ils soient de gauche ou de droite, il existe entre eux des liens qui leur permettent d’assurer leur pérennité. Certains Ministres me disaient qu’à leur arrivée à leur Ministère, ces fonctionnaires leur proposaient immédiatement un projet de loi qu’ils avaient déjà essayé de faire adopter, sans succès, par leur prédécesseur. Bien des apprentis Ministres peuvent se laisser prendre à ce genre de tentation. En outre ils constituent une garde rapprochée souvent infranchissable autour des Ministres, une sorte de cordon sanitaire. Combien de fois, en tant que Député, je me suis trouvé dans l’obligation de saisir, par la manche, un Ministre à la sortie de l’hémicycle pour le tenir informé d’un blocage incompréhensible de la part de l’un ou de plusieurs de ses conseillers. Et il s’agissait, le plus souvent pour moi, d’exposer un sujet du plus élémentaire bon sens.
Une fois, alors que j’étais rapporteur d’un projet de loi sur le travail illégal, j’étais allé enquêter sur le terrain afin de comprendre comment étaient effectués les contrôles. De ce fait j’avais formulé des amendements pratiques pour rendre notre législation plus efficace. La culture du résultat semblait totalement étrangère aux conseillers du Ministre qui souhaitaient des procédures plus techniques c'est-à-dire plus difficiles à déchiffrer et donc quasiment inapplicables. J’attendais la première occasion pour confronter mon idée à celles du Ministre, élu du terrain comme moi, en présence de ses collaborateurs, pour voir qui avait raison. Le Ministre avait du bon sens et me donnait raison contre les mises en garde de ses conseillers énarques. Ce fut une petite victoire contre l’énarchie que je me souviens d’avoir gagné mais combien d’autres combats de ce type ont-ils été perdus au profit de ces « je sais tout » qui déresponsabilisent ceux qui les laissent faire aveuglément.
Alors oui, je suis d’accord avec François Bayrou quand il propose la suppression de l’ENA. Il ne peut y avoir une caste supérieure aux autres qui verrouillerait la société Française et qui empêcherait aux autres de se faire entendre. Contrairement à ce qu’affirme François Hollande, énarque lui-même et Premier Secrétaire du Parti Socialiste, il ne s’agit pas d’une mesure cosmétique mais d’une position très importante dans les réformes qui devront rendre plus de proximité à l’égard de nos institutions. Une chose est sure, la position de François Bayrou sur ce thème est parfaitement comprise de nos concitoyens qui en ont assez d’être méprisés par des gens qui disposent d’un pouvoir extrêmement étendu et qui n’ont de comptes à rendre à personne.
Ce billet, écrit à 00:01 par Rudy Salles dans la catégorie Politique a suscité :