Rudy SALLES

Député des Alpes Maritimes,
Conseiller Régional de Provence Alpes Côte d'Azur

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vendredi 19 janvier 2007

Trous d’airs et courants d’airs

Après un enthousiasme tout à fait démesuré suscité par la candidate socialiste qui devait apporter ce plus de modernité dont la politique semblait manquer, voilà une entrée en campagne plutôt accélérée et de plus en plus éclairante. En effet, se proclamer candidate à la Présidence de la République et passer sont temps à poser pour la Une des magazines à grand tirage est un exercice dans lequel Madame Royal a plutôt réussi pendant l’année 2006, ce qui lui a permis d’éliminer ses principaux concurrents au sein du PS. Il faut noter au passage, et ça n’est pas anecdotique, que dans cette compétition il n’y a pas que Fabius et DSK qui en ont fait les frais, il y a tout bonnement François Hollande qui avait monté le scénario pour lui et qui s’est fait doubler par sa compagne.

On peut en déduire que « ça reste en famille » sauf que, depuis quelques jours il semble qu’il y ait de l’eau dans le gaz idéologique entre François et Ségolène. Il suffit qu’il avance une proposition fiscale pour qu’aussitôt la candidate s’en démarque. Mais au-delà du fond, la compétition semble faire rage entre… l’équipe présidentielle qui s’est installée au boulevard Saint Germain et le siège du PS situé à quelques centaines de mètres de là, rue de Solférino. Les équipes se mesurent, travaillent chacune de leur côté, voire se critiquent et s’accusent mutuellement de « nullitude ». Les uns sont les représentants de la candidate et se sentent investis d’une sorte de monopole de représentation et d’action. Les autres sont les représentants du parti et estiment être les seuls vrais professionnels dans cette campagne.

Dans ce cafouillage assez inédit les Français commencent sérieusement à s’interroger sur les capacités de Madame Royal à incarner la « cheftaine de l’Etat » dont ils ont rêvé quand ils voient qu’elle a autant de mal à simplement coordonner ceux qui sont censés faire campagne pour elle. La conséquence immédiate de cette perte de confiance est la baisse régulière de Madame Royal dans tous les sondages. Les journaux parlent de « trou d’air » dans la campagne socialiste. Turbulences, orages, ciel chargé, l’alerte météo politique est lancée. En attendant, il y a un fâcheux courant d’air qui fait claquer les portes du PS. Il se pourrait même que l’une d’entre elles ne se referme sur la confiance des électeurs.

Montebourg tambour

Arnaud Montebourg me fait penser à ces tambours que certains de vos amis osent offrir à vos enfants. On dit que ça fait plaisir parce que c'est un jouet offert mais en même temps on maudit ceux qui ont pris cette initiative car c'est un cadeau bruyant. En effet, le propre d'un tambour c'est de faire du bruit, et même un bruit assourdissant. Et bien Arnaud Montebourg fait du bruit et il en fait même beaucoup et depuis longtemps.

Il a multiplié les attaques contre Jacques Chirac et "les affaires". Je ne dis pas qu'il fallait se taire sur le sujet mais les attaques formulées par Montebourg étaient à ce point agressives et excessives qu'elles tendaient à rendre ses cibles sympathiques. Il s'en était pris aussi, il y a quelques années aux Tribunaux de Commerce ou à la Principauté de Monaco en pointant des turpitudes et des magouilles partout, même si'l n'y en avait pas. Qu'importe, le but à atteindre était de faire du bruit pour faire parler de Montebourg.

De ces comportements, bien des socialistes étaient lassés car le jeu qui consiste à assurer sa propre publicité et sur tous les sujets a ses limites et ne valorise guère la politique. En délicatesse avec le parti socialiste, Montebourg a néanmoins réussi à s'introduire dans l'équipe de campagne de Madame Royal en proposant ses services très tôt au moment où elle comptait ses soutiens pour battre Fabius et DSK. Et pour remercier le turbulent et médiatique Montebourg, elle lui confiait le poste de porte parole. Quelle imprudence! Fort de cette nomination, Montebourg se croit autorisé à dire tout et n'importe quoi, comme d'habitude c'est à dire à faire du bruit comme le tambour. Sauf que cette fois quand il s'exprime il engage la candidate socialiste.

N'hésitant pas à attaquer directement le premier secrétaire du PS et dans le civil compagnon de Ségolène pour faire un "effet de manche", il a tout simplement dépassé les bornes. Branle bas de combat, le bateau vacille. Il présente sa démission mais la blanche Ségolène lui inflige simplement une sanction d'un mois de privation de porte parolat! Ridicule. On le vire s'il est mauvais ou on le garde s'il est bon mais suspendre un porte parole dans une campagne électorale ne s'était encore jamais vu.

Il faut croire que la "dame" n'a peut-être pas tout à fait les mains libres pour pouvoir se débarasser de son encombrant représentant car l'ambiance est déjà plus à la démobilisation des militants qu'à l'euphorie. Alors péripétie de campagne? Peut-être mais je pense que c'est révélateur de l'incapacité de Madame Royal à savoir s'entourer. Imaginons ce que cela pourrait être si cette candidate était amenée demain à former un Gouvernement...