samedi 6 janvier 2007
SDF: attention aux fausses bonnes mesures

La mise en place des comités Don Quichotte qui ont installé des tentes rouge et jaune dans les centres des grandes villes a constitué une opération médiatique de grande envergure pour attirer l'attention des pouvoirs publics sur la dimension du phénomène SDF. Après une certaine indifférence du Gouvernement qui n'imaginait pas qu'en cette période de fêtes la presse donnerait un tel retentissement à cette opération, les initiatives se sont emballées. Ce fut tout d'abord la Ministre déléguée à la Cohésion Sociale qui comença à intervenir timidement et maladroitement sur le sujet, sans disposer visiblement de quelque instruction que ce soit du Gouvernement. Il faut dire qu'elle était probablement la seule à ne pas être en vacances! Puis l'affaire ayant prospéré médiatiquement, le Président de la République s'empara de cette affaire lors de ses voeux aux Français pour lancer des initiatives jusqu'à relayer le "Droit au Logement Opposable" que proposaient les associations. Puis c'est enfin le Premier Ministre et son Ministre de la Cohésion Sociale qui proposent un projet de loi sur le sujet. Je m'inquiète d'ailleurs de ces initiatives prises à la "va vite" car je ne suis pas sur qu'elles soient les réponses appropriées aux problèmes qui se posent. En effet, pour résoudre les problèmes de logement, faudrait-il appliquer la loi existante imposant notamment aux collectivités locales à disposer de 20% de logements sociaux, ce qui est loin d'être le cas. Il faut tout mettre en oeuvre pour accélérer la construction de logements car c'est là que réside le problème. Or la France est en retard dans ce domaine sur la plupart de ses voisins Européens. L'idée d'un droit au logement opposable, si elle est une idée qui peut paraitre généreuse, va simplement développer les contentieux entre les associations et les collectivités publiques qui se rejetteront la balle de la responsabilité. Les procédures traineront en longueur et pendant ce temps les SDF seront toujours à la rue ou squateront des locaux. Une fois de plus, s'agissant d'un problème récurrent depuis de nombreuses années, on improvise, on bricole à la hâte alors qu'il aurait fallu agir en profondeur et hors toute agitation. Je ne fais pas seulement le reproche à la droite, je le fais également à la gauche sous le régime de laquelle a été inventé le mot "nouveaux pauvre". Cela fait près de vingt ans que le problème se développe sans que les pouvoirs publics ne se dotent des moyens pour l'enrayer. Les "resto du coeur" avec Coluche, l'Abbé Pierre ou encore le DAL (Droit au Logement) pour ne citer que ces trois institutions n'ont cessé de tirer la sonnette d'alarme sans que les Gouvernements ne prennent le problème à bras le corps. Nous vivons dans une société à irresponsabilité illimitée qui ne donne pas une très belle image de la démocratie telle que nous la souhaitons. Un pays moderne et généreux comme le nôtre ne peut pas fermer les yeux plus longtemps sur cette misère qui la ronge de l'intérieur et laisse sur le côté de la route autant de nos concitoyens. Il est temps d'agir. Il est regrettable qu'il faille en arriver à de telles extrémités pour qu'enfin les pouvoirs publics donnent le sentiment de se mobiliser et encore, pas exactement dans la bonne direction.
Ce billet, écrit à 06:41 par Rudy Salles dans la catégorie Politique a suscité :