Rudy SALLES

Député des Alpes Maritimes,
Conseiller Régional de Provence Alpes Côte d'Azur

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Intégration : l’exemple de Manchester.

J’ai siégé pendant deux jours au sein de la Commission des Migrations du Conseil de l’Europe qui se réunissait exceptionnellement à Manchester puis à Londres. Manchester est réputée pour être une ville où l’immigration est très forte, où plus de 150 langues sont parlées dans les écoles de la ville. Qui plus est, la fin de l’ère industrielle a fortement pénalisé cette agglomération de 2.500.000 habitants qui a vu les courbes du chômage augmenter dans des proportions inquiétantes. Dans les années 80, des émeutes raciales, ethniques, sociales, avaient plongé la ville dans le désespoir car la violence s’installait dans le quotidien. Les autorités de Manchester, l’Etat, les associations mais aussi les religions, se mobilisèrent pour mettre un terme à cette dérive et surtout pour bâtir les bases d’une société pacifiée. La présence des forces de l’ordre sur le terrain a été augmentée mais surtout près de 35% de cette police est d’origine immigrée. Les religions ont créé un Conseil inter religieux qui se réunit régulièrement toutes les six semaines voire d’avantage si cela s’avère nécessaire. La ville a créé un Conseil des Communautés dirigé par un fonctionnaire d’origine immigré qui a mis en place tout un réseau allant de l’accueil d’urgence, au logement, à l’emploi en passant par la santé à destination des nouveaux arrivants. Un effort particulier est également réalisé au niveau de la petite enfance pour que les enfants puissent rapidement s’intégrer dans leur milieu scolaire, et donc dans la société. Il faut signaler également la présence des « leaders des communautés » qui sont des interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics afin de prévenir les problèmes qui pourraient survenir ou de les traiter s’ils surgissent. Ce système n’est pas transposable au niveau Français car notre pays ne reconnaît pas le communautarisme. Il y a néanmoins des exemples à observer car Manchester était l’une des villes qui connaissait le plus de problèmes et qui peut s’enorgueillir aujourd’hui de les avoir surmontés. Je retirerai de cette expérience Anglaise, la mise en place à tous les niveaux, de plateformes de dialogue entre les uns et les autres, les pouvoirs publics et les jeunes d’origine immigrée, les services publics entre eux, les communautés entre elles ainsi que les religions, et enfin la prise en compte de la communauté nationale telle qu’elle est, c'est-à-dire plurielle. Que 35% des effectifs de police soient d’origine immigrée crée un niveau de compréhension supérieur à ce que nous connaissons et donne des références nationales aux populations immigrées. C’est incontestablement un progrès qui a permis à Manchester de relever la tête et d’avancer vers une situation meilleure. La France doit aborder ces problèmes avec sérieux et pragmatisme. Je crains que, malheureusement, la démagogie qui va inspirer certains candidats à l’élection Présidentielle n’apporte rien de bon au débat, juste une agitation supplémentaire dont ce sujet n’a pas besoin.

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Commentaires

1. Le jeudi 16 novembre 2006 à 00:31, par CedricA :: site

Il y a une chose importante que vous relevez, c'est qu'en France la notion de comunauté ou d'ethnie (chère aux américains) est interdite par la loi, ou du moins sont évocation. C'est une différence culturelle fondamentale entre la France et les pays anglo saxon. Il est donc impossible de dire par exemple quelle est la proportion de fonctionnaires qui sont issus de l'imigration (directement ou indirectement).

Imaginons que l'on abroge ces lois (je ne serais pas pour), cela permettrait d'introduire la discrimination positive (affreux terme, mais passons). On risquerait, de fait, de créer de nouvelles discriminations. Par exemple entre 2 candidats issus du même quartier difficile, l'un né en France et l'autre arrivé à 5 ans, l'un subira toutes les discriminations sans aide et l'autre, parcequ'il rentre dans une case de la "discrimination positive" sera facilité pour trouver un emploi. Clairement, il faudra trouver un autre moyen de transposer cette bonne idée dans notre société sans renier nos valeurs.

En revanche je retiens un élément clé de l'expérience que vous rapportez : faire participer les étrangers à la vie de la cité. Le vote aux élections locales semble être fondamental pour qu'ils puissent diffuser à leurs enfants qui sont français la notion de citoyenneté.

2. Le jeudi 16 novembre 2006 à 09:22, par Jean Pierre

Je suis d'accord avec Cedric A mais en revanche je ne crois pas nécessaire d'accorder le droit de votre aux étrangers sur le plan local. Je pense que cela créerait des citoyens à géométrie variable. Autant favoriser l'accession à la nationalité Française à ceux qui le demandent. Dans ce cas, les nouveaux nationaux auront la plénitude des droits et des devoirs des Français. Mais il faut en outre que cette accession à la nationalité soit un moment fort, une fête et non une simple formalité.

3. Le jeudi 16 novembre 2006 à 16:15, par stephane p

effectivement les habitudes de pensée et mode de vie anglaise à l'égard des différentes communautés n'a rien à voir.toutefois laisser l'expression ouverte sur la place publique , comme il est fait à londres , aux différentes religions ou fanatisme peut créer une peur supplémentaire des autres et de la différence

aujourd'hui , un étranger présent sur le sol francais peut et doit lui meme choisir de devenir ou non citoyen de notre pays

a ce titre, il va ainsi acquérir des droits et devoir et pouvoir s'il le souhaite revendiquer une appartenance politique et participer aux combats éléctoraux et exprimer ces attentes et celle des siens.

La fonction publique doit intégrer en plus grand nombre dans ces rangs , des agents émanants de l'immigration et ne pas hésiter à les aider à s'épanouir au sein des fonctions confiés

ils doivent devenir des exemples quand ils reviennent au coeur de leur habitat ( cités ou quartiers sensibles) et pouvoir susciter des vocations

ne serait ce pas déja un début de conciliation ou d'ouverture à l'égard de ces quartiers qu'il faudra bien un jour ouvrir ou réouvrir à une activité marchande licite et citoyenne?



4. Le jeudi 16 novembre 2006 à 21:03, par CedricA :: site

@stephane p : Vous dites que "la fonction publique doit intégrer..." c'est une louable idée mais qui est impossible au regard de la loi française. Il est interdit de recruter sur des critères éthniques, religieux, culturels... que ce soit pour rejeter ou favoriser, cela s'appel de la discrimination, même si certains employeurs ne se gène pas pour le faire, cela reste interdit.

L'intégration doit donc se faire selon d'autres approches. Il faut être inventif. Je proposait le droit de vote comme première pierre. Car si des étrangers peuvent voter, ils sont donc éligibles, et donc toutes les listes, de gauche comme de droites, auront vocation à leur proposer des places. Les électeurs étrangers ayant un poid électoral, les élus leur tendront plus facilement l'oreille.

Ce n'est absoluement pas incompatible avec l'autre proposition qui est de faciliter l'obtention de la nationalité. A mon avis cela ne touche pas la même population.

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