Rudy SALLES

Député des Alpes Maritimes,
Conseiller Régional de Provence Alpes Côte d'Azur

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L'Europe, la France, un an après

Il y a un an, les Français répondaient NON au référendum au projet de Constitution Européenne. Un projet pourtant voulu et préparé par la France, porté par Valéry Giscard d'Estaing. Les Français ont-ils pour autant voté NON à l'Europe? Je ne le crois pas. Ils ont voté contre l'Europe telle qu'elle est aujourd'hui alors précisément qu'on leur proposait de la réformer pour en faire un ensemble beaucoup plus démocratique. Ils ont voté contre le Gouvernement et le Président de la République. Ils ont voté contre l'entrée de la Turquie. Ils ont voté contre un certain mal de vivre, contre la peur du lendemain. Ils même voté contre ce malheureux plombier Polonais dont ils n'avaient d'ailleurs jamais entendu parler avant la campagne référendaire. Ils ont finalement voté contre beaucoup de choses sauf peut-être contre l'Europe. Car dans le même temps chacun sait bien que sans l'Europe nos peuples sont en danger. En effet, quelqu'un peut-il soutenir sérieusement que l'on n'a pas besoin d'Europe face à la mondialisation et ses méga concentrations qui ont pour nom: USA, Chine, Inde, Brésil,etc. Mais ces problèmes ont été écartés du débat afin de minorer au maximum l'importance positive de l'Europe dans nos vies quotidiennes. Alors les anti-Européens en ont profité pour nous faire leur numéro habituel. Mais ils ont été rejoints par les opportunistes qui ont vu dans ce débat et son issue de plus en plus certaine, l'occasion de se dire majoritaires, d'être soit disant en phase avec l'opinion publique. Ils se sont, bien entendu, affichés comme des Européens convaincus, mais pour une autre Europe. Ils ont parlé d'un imaginaire "plan B" qui n'existait pas afin de tromper un peu plus des électeurs désabusés. Un an après, ces éléments de campagne se sont évanouis. D'autres événements (les banlieues, le CPE) ont révélé la profonde crise de confiance dont souffre la France. Si on avait fait voter les Français, ils auraient à nouveau voté NON, NON, NON à tout car ils ont le sentiment de n'être plus écoutés par leurs élites. Un an après, l'Europe est en panne. Le grand projet est en panne et divise même les Etats entre eux, entre ceux qui veulent aller de l'avant et ceux qui ne savent plus ce qu'ils veulent dont hélas la France fait désormais partie. C'est grave car le temps perdu au plan mondial sera difficile à rattraper. Un an après la France est malade. Son autorité sur le plan international est sérieusement atteinte. Sur le plan Européen, du rang de leader, notre pays est aujourd'hui considéré comme un pays à la traine, un pays en panne qui ne peut plus se faire entendre. Et sur le plan intérieur, je n'ai pas besoin d'épiloguer car chacun voit bien ce qui se passe: il n'y a plus d'autorité de l'Etat, les réformes sont en panne et la campagne présidentielle fait rage entre les principaux acteurs du pouvoirs exécutif. L'heure des bilans va bientôt sonner. Celui de Jacques Chirac sera hélas plus teinté d'ombre que de lumière. Certes les échecs sociaux viendront ternir son action de Président mais il rejoindra en cela son prédécesseur qui n'aura pas fait mieux. Mais là où il aura fait pire, c'est bien en matière Européenne: il restera le seul Chef d'Etat qui aura fait échouer la construction de l'Europe, alors que ses prédecesseurs y avaient toujours réussi. Dans les biographies de Jacques Chirac il y aura donc un avant et un après 29 mai qui marquera le pas de la construction Européenne mais aussi qui sonnera le glas de sa magistrature.

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