Que le premier Ministre et le Gouvernement cherchent à faire diminuer le chômage ne peut être mis en doute par personne. Tous les Gouvernements s'y sont essayés depuis vingt ans avec plus ou moins de bonheur. On peut même dire que le trait commun qui caractérise les gouvernements depuis cette période, de droite comme de gauche, c'est que la bataille pour l'emploi n'a été gagnée ni par les uns, ni par les autres.
Le recul du chômage depuis quelques mois est du au départ à la retraite de la génération du Baby Boom de l'après guerre. Ceci était annoncé notamment par Jean Pierre RAFFARIN qui n'a pas eu le temps d'atteindre cette période qu'il appelait de ses voeux. Mais au delà de ces départs à la retraite, ce qui ne progresse pas c'est le nombre d'emplois. La France avec son taux de croissance très bas et la lourdeur de ses charges sur le travail ne crée pas d'emplois et c'est là un problème majeur.
Alors l'invention du CPE par Dominique de VILLEPIN se voulait comme la recette miracle pour inciter les chefs d'entreprises à créer des emplois. Créer un contrat précaire pour une durée de deux ans devait les amener à recruter...Pour avoir parlé avec des chefs d'entreprises, je me suis rapidement rendu compte que cela ne marcherait pas. Bien sûr des CPE seraient créés mais viendraient remplacer des CDI, la précarité viendrait donc se substituer à la stabilité. Les chefs d'entreprises les plus libéraux m'ont même indiqué qu'ils nauraient jamais osé demander une durée de précarité aussi longue, une durée allant de 6 mois à un an leur semblant bien suffisante.
Ajoutez à cela le passage en force d'un tel projet à l'Assemblée Nationale sans vote par le biais de l'article 49-3 qui met brutalement un terme au débat et vous comprenez que tous les ingrédients sont présents pour créer un très grand mécontentement dans le pays.
A l'UDF nous avions mis en garde le Gouvernement contre cet état de fait et nous réclamions une modification profonde de ce projet avec une période probatoire beaucoup plus courte mais aussi avec le renforcement des droits du salarié. Nous demandions par ailleurs que ce projet de Loi fasse l'objet d'une large concertation avec les partenaires sociaux mais aussi d'un véritable débat au Parlement. Nous n'avons obtenu ni l'un, ni l'autre. La gauche en a profité pour faire des procédures d'obstruction pour se faire entendre. L'article 49-3 lui a même donné l'occasion de déposer une motion de censure. La population, quant à elle, est de plus en plus inquiète et mécontente, les mouvements sociaux se multiplient, les cotes de popularité du gouvernement sont en baisse vertigineuse.
Voilà quel est le résultat quand on refuse le dialogue, la concertation, voire simplement l'écoute du terrain. Il y a des précédents facheux qui auraient pourtant du servir de leçon: la réforme de la sécurité sociale sociale voulue par Alain Juppé qui avait conduit aux conflits sociaux de la fin de 1995, le CIP voulu par Edouard Balladur retiré juste avant que la mobilisation sociale ne se généralise ou encore les attaques contre la liberté de l'enseignement sous François Mitterrand dans les années 80 qui avaient mobilisé des millions de Français dans la rue.
Les Gouvernements devraient simplement se dire que toute mesure, la meilleure soit-elle, ne peut être imposée au peuple si'l n'en veut pas. Et si une mesure est mal ressentie et qu'un Gouvernement y tient particulièrement, alors le dialogue, la concertation, la pédagogie doivent s'instaurer. Au XXIème siècle, le peuple entend être respecté et s'il ne l'est pas il a la mémoire qui lui permet de dire non au moment des échéances électorales par le biais d'un simple bulletin de vote. Et depuis près de 30 ans, les Français ne se gênent pas pour renvoyer systématiquement leurs gouvernants. C'est même devenu une exception française. Quand il n'y plus de vote d'adhésion mais uniquement des votes sanctions, peut-on dire que la démocratie soit réellement en bonne santé ?